La fille du 99, la maison à la porte verte et aux géraniums blancs


Textes courts / dimanche, juillet 26th, 2020

C’était un jour d’été. Premières chaleurs de l’année, ici. Comme souvent, pour rejoindre le vieux centre-ville, je passai par le parc. Les fleurs et les plantes odorantes me calmaient tandis que, tranquillement, j’avançais dans les allées. Quelques nuages créaient de l’ombre en plus de celle des arbres, provoquant quelques frissons. Puis, l’osmose prit fin, brutalement, quand je n’eus d’autre choix que de franchir les grilles en fer forgé. Dans un soupir, je retrouvais le circulation, la pollution, la foule. Prenant mon courage à deux mains, je ne cessai mon ascension et continuai ma route vers la quartier que je préférais dans cette ville.

Mes oreilles captaient les piaillements des oiseaux et le bruit du vent dans les feuillages. Un sourire se dessina dans mon cœur et traversa mon regard, sans pour autant s’inscrire sur mes lèvres. Encore quelques mètres et j’arriverai à destination.

Je trouvai à l’angle d’une rue et vit mon repère. Ralentissant l’allure, je profitai de mon trottoir ombrage et de l’odeur des fleurs sur les rebords des fenêtres. Mais une maison attira mon attention. Toujours cette même maison. À mesure que j’approchais, j’apercevais la couleur de sa porte, cachée derrière les hautes tiges d’une plante. Les roses oranges formaient une délicate harmonie avec le vert de l’entrée. Et, à côté, sur le rebord d’une fenêtre au bois peint de la même teinte, des géraniums blancs.

Marchant à présent au pas, je lançais des coups d’œil discrets vers cette habitation qui m’intriguait depuis bien des mois. Je n’y avais jamais vu quiconque y entrer ou en sortir, ni même passer devant la vitre. Pourtant, il ne faisait aucun doute qu’elle était habitée : la peinture était neuve, les fleurs arrosées régulièrement et aucun mauvaise herbe ne venait s’installer dans la jardinière. Alors, à chaque fois que je passais devant, j’espérais croiser la personne vivant entre ces murs, au numéro 99.

Au moment-même où je me disais cela, une ombre traversa la pièce. Elle ne m’apparut que quelques secondes, tout au plus, mais je cru apercevoir des longs cheveux et une pair de lunettes. Si seulement elle pouvait m’apparaître plus longtemps… Je ne pouvais expliquer ma fixation. Était-ce l’habitude qui m’avait fait me poser des questions ou bien la couleur si particulière de la porte d’entrée ?

Ne souhaitant être pris en flagrant délit d’observation, je repris ma route. La librairie que je convoitais ne se trouvait plus qu’à quelques mètres devant moi et je m’y dirigeai, le coeur léger. Je n’y restai pas longtemps, à peine une demi-heure, le temps de choisir ma prochaine lecture et d’échanger quelques mots avec le gérant. Il était toujours friand de connaître mon avis sur les livres que je lui achetai.

Une fois sortis, mon ouvrage sous le bras, mes yeux durent s’habituer à la nouvelle luminosité. Le soleil ne me faisait pas de cadeau et cognait contre mon visage, m’éblouissant sans vergogne. Le regard encore plein de larmes, je passais devant le 99 et ce fut à ce moment que je la vis.

Un arrosoir à la main, ses lunettes sur le bout du nez et un joli chapeau de paille sur ses cheveux dorés, elle souriait en nourrissant le rosier, dont les fleurs arboraient une teinte similaire à celle de son short. Son haut, évasé sur ses hanches et présentant un décolleté élégant, était, quant à lui, de la même couleur que les géraniums.

Quand elle releva la tête et croisa mon regard, je pu découvrir le vert dans ses yeux. Je lui souris amicalement et lui dit simplement  « bonjour ». Et, sans vouloir l’importuner plus longtemps, j’entrepris de continuer ma route quand elle me répondit pas l’exact même mot, un soleil dans le ton de sa voix. 

Mon coeur cognait dans ma poitrine et je la dépassai en souriant. Je sentis son regard sur moi jusqu’au moment où je quittai la rue pour récupérer le chemin du parc.

Tout en rentrant chez moi, une seule pensée me venait. Une seule qui tournait en rond comme une ritournelle entêtante et que je n’arrivai à faire taire.

J’avais rencontré la fille du 99, la maison à la porte verte et aux géraniums blancs.

Texte écrit sur la base de la photo de Clem_cb du 18/09/19.

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